Le sujet dont on parle après, alors qu'il fallait en parler avant
Il y a une phrase, dans la brochure « Pompes à chaleur air-eau — gare au bruit » du service cantonal de l'énergie et de l'environnement, qui devrait être lue par tout propriétaire avant de choisir l'emplacement de sa machine :
« Le SENE reçoit régulièrement des plaintes dans une proportion relativement élevée par rapport au nombre de PAC installées. Une mise en conformité après coup entraîne un surcoût important, demande beaucoup de temps et d'efforts et peut vous avoir brouillé avec votre voisinage. »
C'est le canton lui-même qui l'écrit. Ce n'est ni un avertissement commercial ni une exagération de notre part : c'est un constat administratif. Et il dit deux choses. D'abord, que le problème est réel et fréquent. Ensuite, qu'il se règle beaucoup moins cher avant qu'après.
La règle applicable : les valeurs de planification, pas les valeurs limites
Le bruit des installations de chauffage relève de l'ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit, et plus précisément de son annexe 6, dont le champ couvre expressément les installations de chauffage, de ventilation et de climatisation.
Le point technique important tient à un mot. Une pompe à chaleur neuve est une nouvelle installation fixe. Or, pour une nouvelle installation fixe, la loi n'exige pas seulement le respect des valeurs limites d'immission : elle exige le respect des valeurs de planification, qui sont plus sévères.
Expliquons le vocabulaire, parce qu'il n'est pas intuitif. Une « valeur limite d'immission » est le seuil au-delà duquel une gêne est jugée sensible dans la population. Une « valeur de planification » est un seuil plus strict, appliqué aux installations neuves, précisément pour éviter que le bruit de fond général n'augmente à chaque nouvelle construction. C'est un niveau à ne pas dépasser dès la conception, pas un niveau à corriger après coup.
Ces valeurs dépendent aussi du degré de sensibilité attribué à la zone par la commune : une zone d'habitation pure n'a pas les mêmes exigences qu'une zone mixte habitation-artisanat ou qu'une zone industrielle. Votre règlement communal de construction et votre plan d'affectation vous le disent.
Le malentendu le plus répandu : où se mesure le bruit
Neuf propriétaires sur dix nous disent la même chose : « je vais la mettre à bonne distance de la limite de parcelle ». C'est une intuition raisonnable, mais ce n'est pas ce que dit le droit.
Le texte est explicite : pour les bâtiments, les immissions de bruit se déterminent au milieu de la fenêtre ouverte des locaux à usage sensible au bruit. Un local à usage sensible, c'est une chambre, un salon, un bureau — pas un garage ni un abri.
Ce que cela change, concrètement :
- ce n'est pas une distance à la limite de propriété qui fait foi, c'est ce qui arrive à la fenêtre du voisin ;
- une machine posée loin de la limite mais pile en face de la chambre du voisin peut poser problème ;
- une machine posée plus près de la limite, mais orientée à l'opposé et masquée par le bâtiment, peut très bien passer.
C'est pourquoi vous ne trouverez sur ce site aucune distance en mètres présentée comme une règle : il n'en existe pas dans ce cadre juridique, et toute distance annoncée comme suffisante est une invention commerciale.
Pourquoi « ma machine est annoncée très silencieuse » ne suffit pas
C'est l'argument de vente préféré des catalogues. Il est trompeur, et pour une raison technique précise.
Le niveau qui compte n'est pas la valeur de catalogue de l'appareil, mais un niveau d'évaluation calculé chez le voisin, séparément pour le jour et pour la nuit. Ce calcul applique des corrections qui tiennent compte, entre autres, du caractère tonal ou impulsif du bruit. Or le bruit d'un ventilateur et d'un compresseur est typiquement tonal : il contient un sifflement ou un bourdonnement identifiable, et c'est exactement ce type de bruit que l'oreille humaine repère la nuit dans une chambre. Une machine « annoncée silencieuse » peut donc être pénalisée par ce caractère tonal.
À cela s'ajoute la période nocturne, qui est la plus contraignante, et qui est justement celle où la machine tourne le plus longtemps pendant les mois froids.
Nous ne publions volontairement aucun chiffre en décibels sur cette page. Non par prudence excessive, mais parce qu'un chiffre isolé, sorti du calcul complet et du degré de sensibilité de votre zone, n'apprend rien et rassure à tort. Le calcul est le travail de votre installateur, avec les outils officiels prévus pour cela.
Ce que le canton exige dans le dossier de permis
C'est très concret, et c'est écrit. À l'appui d'une demande de permis de construire, l'installateur doit joindre :
- un plan de situation de l'installation ;
- le type de la pompe à chaleur et sa puissance acoustique ;
- l'indication de la présence de sauts-de-loup insonorisés ou non, d'amortisseurs de bruit ou d'autres mesures de protection ;
- le formulaire d'attestation du respect des exigences de protection contre le bruit établi par le Cercle Bruit Suisse, dûment rempli — il est mis à disposition avec le calculateur acoustique sur la page Cercle Bruit du groupement professionnel suisse des pompes à chaleur.
Et le canton ajoute une phrase qui explique bien des délais : « un dossier incomplet ne pourra pas être traité ». Des compléments seront demandés, et le traitement reporté. Autant le savoir avant de s'étonner que rien ne bouge, sujet que nous détaillons dans le guide des autorisations.
Les conseils d'implantation du canton, à prendre au sérieux
Le canton donne lui-même des recommandations d'implantation. Ce sont des recommandations et non des obligations, mais elles viennent de l'autorité qui traitera votre dossier — autant les suivre.
- S'éloigner au maximum des limites de propriété.
- Éviter la pose contre un mur, dans un angle ou dans une cour intérieure : les surfaces dures renvoient le son et l'amplifient. Un angle rentrant est le pire emplacement possible, et c'est pourtant celui qu'on choisit spontanément « pour que ça se voie moins ».
- Soigner l'orientation du souffle et la directivité de la ventilation : ne pas envoyer l'air vers les fenêtres du voisin, ni vers une façade réfléchissante.
- Envisager un capot insonorisant ou un écran antibruit lorsque la configuration est serrée.
- Penser aussi à ses propres locaux sensibles : une machine sous la chambre des enfants gêne d'abord son propriétaire.
- Pour une machine intérieure, le sujet devient celui des bruits solidiens : raccords flexibles, amortisseurs de vibrations, dimensionnement et insonorisation des sauts-de-loup, grilles de ventilation insonorisées.
Le cas particulier des quartiers denses
Dans les secteurs de villas mitoyennes ou de petits immeubles, l'espace disponible est faible et les fenêtres des voisins sont proches — c'est le cas dans une bonne partie de la ville de Neuchâtel et sur le coteau, à Peseux ou Corcelles. Trois réflexes s'imposent alors :
- Étudier sérieusement la variante intérieure. Elle règle le problème d'immissions extérieures, elle bénéficie d'office de la procédure simplifiée sans accord des voisins, et elle déplace la question vers les vibrations, qui se traitent bien.
- Faire calculer avant de commander, pas après. Changer un emplacement sur un plan ne coûte rien ; déplacer une machine posée coûte cher.
- Parler aux voisins tôt. Un voisin informé, à qui on montre où sera la machine et vers où elle souffle, signe un accord. Un voisin qui découvre le chantier dépose une opposition.
Ajoutons un point que les vendeurs oublient : une machine mal implantée n'est pas seulement bruyante, elle est aussi souvent moins efficace, parce qu'elle réaspire son propre air froid. Le bon emplacement acoustique et le bon emplacement thermique se recoupent presque toujours. Nous revenons sur ce point dans les erreurs à éviter, et sur les cas où la machine n'est pas la bonne réponse dans quand la pompe à chaleur est une mauvaise idée. Enfin, un entretien régulier évite qu'une machine correcte au départ ne devienne bruyante avec les années.
La page officielle du canton consacrée au bruit des pompes à chaleur est consultable sur ne.ch ; c'est la source à citer si un installateur vous dit que « ça passera ».